Lutte de classe : Quelle lutte antifasciste ?

Lutte de classe : Quelle lutte antifasciste ?

Au second tour des Présidentielles de 2022 Marine Le Pen a eu 13,2 millions de voix. 2 millions de plus qu’en 2017, 8 millions de plus que son père en 2002 ! 20 ans de politique toujours plus libérale, de reculs de droits sociaux et d’enrichissement des plus riches ont presque triplé le nombre de voix du RN. Combien lui rapporteront les cinq ans à venir ?

L’extrême-droite est aux portes du pouvoir. Une extrême-droite « relookée », « ordinaire », « qui nous ressemble », « assagie », et donc qui serait moins dangereuse qu’autrefois ? Certes son visage a changé. Il se montre sous les traits d’une femme, mère célibataire ou d’un polémiste pied-noir. Mais ses fondamentaux demeurent, comme on le voit dans les villes conquises depuis 2014 ou encore à Perpignan depuis 2020 : nationalisme, racisme, ordre moral et autoritarisme…

Aujourd’hui, le fascisme a 1000 visages. Certes les nostalgiques de Pétain, de l’Algérie française et de l’intégrisme chrétien – qui sont prêts à faire le coup de poing contre les organisations du mouvement ouvrier – sont toujours là et mènent la danse. Mais le fascisme a contaminé toute une partie de la société française, bien au-delà des seuls français cathos et réactionnaires.

Les causes de la montée du vote d’extrême-droite.

Le racisme, notamment au travers du programme discriminatoire de « préférence nationale », concernant le travail, le logement, les aides sociales, est loin d’être la seule cause du vote pour l’extrême-droite. Sa progression électorale, dans toutes les classes sociales, repose bien plus sur une imposture sociale. Une partie des travailleuses et des travailleurs, appauvris, précarisés ou au chômage, utilisent le vote d’extrême-droite d’abord pour exprimer leur ras-le-bol.

Ce qui a motivé leur vote, c’est le désespoir, le sentiment qu’il n’y a plus de place dans ce monde pour elles, pour eux et pour leurs enfants. C’est aussi ce mépris de ceux qui se considèrent eux-mêmes comme des élites et qui s’adressent avec condescendance au « petit peuple » sur un ton de maître d’école. C’est le résultat aussi de la politique même du pouvoir macroniste, de flicage et d’expulsions massives de migrantes et de migrants, d’une frontière de plus en plus brouillée entre l’extrême-droite et celui qui s’en présentait comme un rempart.

Mais au sein des classes sociales populaires des résistances existent, y compris sur le plan électoral. N’oublions pas que 28% des inscrits se sont abstenus. Un record ! 38% des inscrits de moins de 25 ans n’ont pas été voter. L’abstention a été particulièrement forte au sein des classes populaires. Chez les ouvriers aussi le cumul de l’abstention, des votes blanc ou nul et des votes barrage contre le RN dépassent largement les votes pour Le Pen. Sa prétention a être la candidate des classes populaires n’est que mensonge.

Pour combattre le fascisme, la priorité est pour nous la reconstruction de l’unité de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses. Au-delà de nos origines, de nos croyances ou de nos appartenances, ce qui compte c’est de nous retrouver ensemble, côte à côte, dans la lutte. Rappelons-nous, il y a seulement quelques décennies, dans les grandes entreprises qui faisaient appel à l’immigration, dans les mines, dans la sidérurgie, on travaillait ensemble, on luttait ensemble, quelle que soit la couleur de peau, la religion ou le pays d’origine. On disait : « Français, immigrés, même patron, même combat ». Car on ne gagne pas les luttes sociales en s’attaquant à une partie des travailleurs et des travailleuses. Bien au contraire la division est au cœur de notre impuissance sociale d’aujourd’hui.

Réinventer le combat antifasciste.

Défendre les droits de notre classe, la classe ouvrière, se battre pour un meilleur partage des richesses, pour la reconquête de nos droits sociaux, pour l’égalité des droits et pour la propriété collective des moyens de production, voilà ce qui pourra durablement faire reculer l’extrême-droite. Notre ennemi principal, c’est le capital, c’est la bourgeoisie. Quant à l’extrême-droite, elle a toujours été, et est toujours, le rempart de l’ordre social capitaliste. Aussi c’est au travers des victoires sociales que nous retrouverons le sentiment de notre dignité et que se dissipera l’illusion d’une extrême-droite à l’écoute du peuple.

Pourtant ce combat social est insuffisant pour immédiatement contenir l’extrême-droite. Ce n’est certes pas à coup d’une indignation morale, qui ne fera que diviser la classe ouvrière, que nous y parviendrons. Mais le combat contre les idées d’extrême-droite reste indispensable. Ce combat s’incarne dans les débats que nous pouvons impulser dans nos syndicats et dans nos associations de lutte, dans leurs actions, dans la rue et dans les manifestations.

Un combat qui se donne pour objectif de démontrer que les propositions de l’extrême-droite ne sont qu’une variante nationaliste du libéralisme économique. Il en est ainsi des propositions de Le Pen pour prétendument augmenter le pouvoir d’achat. Fondées sur des allègements de cotisations patronales pour les entreprises, elles ne touchent surtout pas aux intérêts capitalistes, notamment du patronat des TPE et PME. Affaiblir les organisations ouvrières et maintenir la part de la plus-value accaparée par les capitalistes : le RN s’attaque en vrai aux intérêts des travailleuses et des travailleurs.

Renforcer l’unité syndicale, avec les associations, dans les luttes, face à l’extrême droite, face au gouvernement, face au patronat représente un enjeu essentiel.