Le RN aux portes du pouvoir

Face au RN, aux portes du pouvoir,
la Plateforme Communiste Libertaire appelle à voter aux législatives pour les candidats Front Populaire.

Les résultats des élections européennes sont tombées. Pas de grande surprise, les sondages ne se sont pas fortement trompés. Le RN est largement en tête. Et si l’on ajoute le score de Reconquête, près de 37 % des suffrages exprimés (ou 19 % des inscrits) l’ont été en faveur de ces deux organisations fascistes. Dans la foulée Macron, l’Ubu roi d’aujourd’hui, a dissout l’Assemblée Nationale, ouvrant toute grande la porte à l’arrivée des fascistes au pouvoir.

Il est incontestable que les résultats des élections européennes concrétisant la montée du fascisme en France sont le produit des politiques antisociales et antidémocratiques des gouvernements Macron. Des gouvernements qui ont démontré être au service du patronat, de la finance et de façon claire au service de l’appropriation des richesses par la bourgeoisie.

L’appauvrissement d’une partie toujours plus grande de la population pour permettre la concentration des richesses dans quelques mains ; la concentration des médias dans les mains de quelques milliardaires qui les utilisent pour diffuser massivement des fake news en soutien aux partis fascistes ; la chasse à celles et ceux qui sont au chômage, aux migrants et aux migrantes ; la casse des services publics et les projets de suppression du statut des fonctionnaires ; les pratiques politiques exposant publiquement le mépris des classes sociales populaires, telle l’utilisation du 49.3 pour faire passer la réforme des retraites ; tout cela a conduit à un vote sanction qui s’est incarné majoritairement dans la montée de l’extrême-droite.

« On n’a jamais essayé le RN » disent très nombreux une partie des prolétaires, même si à ce jour ils et elles restent minoritaires au sein de notre classe sociale. Et pourtant, si ! On a déjà essayé le fascisme, incarné en France par Pétain, le gouvernement de Vichy, les milices fascistes et les horreurs qui ont été commises pendant l’occupation.

Aujourd’hui un peu partout dans le monde, l’extrême-droite, dans une diversité troublante, accède ou se maintient au pouvoir. En Italie, en Argentine, en Inde, en Russie, en Turquie, en Israël, en Hongrie, aux USA, en Pologne, même si dans ces deux derniers pays ils ont pu être (progressivement ?) chassés du pouvoir.

Ces replis nationalismes et cette montée des fascismes a une cause commune, le développement du néo-libéralisme qui, depuis la fin des années 1970, marque une étape nouvelle dans la prédation du capitalisme et dans les désastres humains et environnementaux qu’il génère.

Partout où prospère le fascisme, les conflits armés se multiplient. « Le point commun entre Poutine et Netanyahou c’est qu’ils sont d’extrême-droite et qu’ils assassinent des milliers de civils. Et dans le même temps on a une course aux armements avec des budgets militaires qui n’ont jamais été aussi élevés et qui permettent d’asphyxier les populations, les services publics, les systèmes de protection sociale » disait à Médiapart le 17 mai 2024 la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet.

Résister au fascisme !

L’arrivée de fascistes au pouvoir ne sera jamais un énième épisode politique qui ne concernerait par le prolétariat. Le fascisme est notre pire ennemi. Tout ce que nous pouvons faire pour éviter qu’il accède au pouvoir doit être fait. Tout ! Macron, se voulant démiurge, a dissout l’Assemblée nationale, ouvrant la porte à court terme à l’arrivée du fascisme au pouvoir. Regardez, déjà le RN et une partie des Républicains préparent leur rapprochement.

Tout doit être fait ! Il faut que le fascisme soit défait dans les urnes, aussi. Évidemment une telle défaite ne réglera rien en soi. Sans changement politique profond, ce ne serait que reculer pour mieux sauter. Mais en attendant, à court terme, il est important d’imposer cette défaite au fascisme.

Évidemment il nous faut faire campagne pour qu’aucune voix populaire ne se portent sur des candidatures fascistes. Évidemment les candidatures LR ou macronistes ne seront en aucun cas des remparts contre l’extrême-droite, tant ces partis ont d’ores et déjà votés et mis en œuvre certaines des orientations politiques fondamentales du fascisme. Rappelons-nous comment partout et en tout temps, la droite a fait et fera alliance avec l’extrême-droite. « Plutôt Hitler que le Front Populaire » disaient-ils en 1939. L’état d’esprit n’a jamais changé.

Reste « la gauche » politique. Il ne s’agit pas d’oublier les politiques mises en œuvre par la social-démocratie depuis la victoire de Mitterrand à la présidentielle de mai 1981. Il ne s’agit pas d’oublier le rôle qu’elle a joué dans l’expansion du néo-libéralisme. C’est bien elle qui a lancé Macron en politique, au départ comme ministre de l’économie du gouvernement PS d’Holande en 2014. Oublier c’est se condamner à subir. Nous n’oublierons pas. Mais nécessité doit faire loi. Et aujourd’hui, il n’existe qu’une possibilité.

Aujourd’hui l’Histoire s’écrit devant nos yeux. L’annonce de la dissolution se traduit par des manifestations populaires « spontanées » dans de nombreuses villes. Partout la même angoisse et la même exigence : « Unité ! ». Car c’est ce seul mot d’ordre qui peut faire renaître l’espoir. Partout ces manifestations sont combatives. Partout la volonté de se lancer dans le combat social se superpose à la volonté de faire échouer la possibilité d’une victoire électorale du RN.

Disons-le simplement : Vouloir empêcher le fascisme d’arriver au pouvoir en France en cet été 2024 cela signifie voter et faire campagne pour faire voter pour les candidats étiquetés Front Populaire aux législatives des 30 juin et 7 juillet, qu’ils ou elles soient désignés par le PS, le PC, les Verts ou LFI.

Faisons immédiatement échec au RN dans les urnes et ensuite, sur les décombres du macronisme, continuons le combat pour la justice sociale et climatique. Pour les droits des femmes et des migrants. Pour nos droits sociaux et la défense des Services Publics.

Faire vivre un « Front Populaire ».

Les politiques du PS, du PC, des Verts et de LFI ne s’y sont pas trompés. Bien que des calculs politiciens aient pu émerger ici ou là, en quelques heures les états-majors des partis sont parvenus, sous l’étiquette d’un nouveau « Front Populaire », à acter lundi 10 juin au soir le principe de candidatures uniques de gauche. Certes, rien n’est encore définitif. Mais face à la pression populaire absolument nécessaire, qui osera rompre unilatéralement cet accord de principe ?

Défaire le RN dans les urnes est indispensable, mais ne sera pas suffisant. La référence au Front Populaire est porteuse d’une dynamique qui pourrait permettre de dépasser une « victoire électorale » potentiellement sans lendemain.

En premier lieu, ne nous berçons pas d’illusions, la défaite du fascisme n’est pas encore actée. Le sectarisme politique au sein des partis pourrait encore l’emporter, entraînant la marginalisation politique de la gauche. Un boulevard s’ouvrirait alors pour une assemblée nationale dominée par les fascistes.

D’autre part, même si la division ne l’emporte pas, cela ne signifiera pas nécessairement une victoire électorale « à gauche ». L’état de décomposition politique dans notre pays peut même amener à penser qu’elle est peu probable. Mais faisons tout pour qu’elle soit possible. Une seule chose paraît probable et c’est très bien : la déroute électorale du macronisme. Dans une telle situation, l’Assemblée Nationale pourrait se trouver fragmentée, sans majorité possible. Nous nous trouverions alors face à une crise politique majeure.

Dans tous les cas de figure, victoire de la gauche, crise de régime ou victoire des fascistes, en alliance ou non avec une partie de la droite, nous aurons besoin d’un mouvement social fort. Et justement la constitution d’un « Front Populaire » pourrait être cette perspective dont nous avons besoin pour construire l’avenir.

Ce Front Populaire ne doit pas n’être qu’un simple arrangement électoral pour permettre aux partis de sauvegarder leurs sièges à l’Assemblée Nationale. Il est important que le mouvement social s’empare de cette dynamique et la renforce. Nous accueillons positivement la déclaration du 10 juin de l’intersyndicale CGT – CFDT – FSU – UNSA – Solidaires, dont nous citons ici de larges extraits :

« Il faut répondre à l’urgence sociale et environnementale et entendre les aspirations des travailleuses et des travailleurs et notamment :

  • Augmenter les salaires et les pensions ;
  • Revenir sur la réforme des retraites et sur celles de l’assurance chômage ;
  • Défendre nos services publics et en garantir l’accès à toutes et tous sans condition de nationalité et sur tout le territoire. Notre école, notre recherche, notre système de santé, de prise en charge de la dépendance, notre système de justice sont asphyxiés et ont besoin d’investissements massifs ;
  • Mettre fin à la verticalité du pouvoir en commençant par restaurer la démocratie sociale à tous les niveaux, entreprise, branche, territoire et interprofessionnel ;
  • Mettre en place des mesures de justice fiscale et notamment taxer les super profits, dividendes et rachats d’actions ;
  • Instaurer enfin l’égalité salariale et éradiquer les violences sexistes et sexuelles ;
  • Instaurer le droit à la régularisation pour tous les travailleurs et travailleuses étranger·es sur la base d’un certificat de travail ;
  • Relocaliser et transformer notre industrie pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux en la protégeant du dumping social, fiscal et environnemental ;
  • Créer de nouveaux droits pour permettre aux travailleuses et aux travailleurs d’anticiper les transformations environnementales et de sécuriser leur emploi ».

Ces revendications sont un début. Elles constitueraient déjà un premier succès si elles aboutissaient. Mais il faudrait dans ce cas pousser plus loin : pas seulement pour le retour au régime de retraites antérieur à la réforme Macron, qui plongeait nombre de retraité.es dans la misère, mais bien pour un retour à la retraite à taux plein à 60 ans et 37,5 annuités cotisées. Pas seulement un droit à la régularisation sur la base du travail, mais une régularisation de tous les sans-papiers…

Alors, oui, sans arrière pensée, sans illusions non plus, investissons-nous à corps perdu dans la construction de ce Front Populaire, immédiatement pour bloquer l’arrivée du fascisme au pouvoir et ensuite pour imposer une rupture avec l’ordre capitaliste.

Et déjà à court terme la Plateforme Communiste Libertaire appelle à participer aux manifestations de masse contre l’extrême-droite qui se multiplient depuis le 9 juin.